L’intimidation chez les enfants : comprendre, prévenir et agir ensemble
L’intimidation fait malheureusement partie du quotidien de trop nombreux enfants. Elle peut se produire à l’école, dans la cour de récréation, lors du transport scolaire ou en ligne. Il s’agit d’une réalité bien présente, parfois silencieuse, souvent cachée derrière des comportements ou des émotions difficiles à décoder. Comprendre ce qu’est l’intimidation, savoir la distinguer d’un conflit et connaître le rôle des adultes sont des étapes essentielles pour mieux accompagner les enfants.
Qu’est-ce que l’intimidation ?
L’intimidation, c’est une forme de violence où une personne utilise son pouvoir pour diminuer, contrôler, manipuler ou humilier un·e enfant, par des gestes ou des paroles répétés qui lui font peur, qui lui causent de la tristesse ou qui lui font du mal. On parle alors d’un abus de pouvoir.
Elle peut prendre plusieurs formes : paroles blessantes, moqueries, rejet, gestes physiques, rumeurs ou violence en ligne. La forme la plus fréquente demeure la violence verbale en personne, suivie du commérage, du rejet social et des bousculades. La cyberintimidation, bien que moins répandue chez les plus jeunes, prend de l’ampleur dès que les enfants ont accès aux outils numériques.
Trois éléments permettent de reconnaître une situation d’intimidation :
- un déséquilibre de pouvoir entre l’enfant qui intimide et l’enfant qui les subit ;
- des gestes intentionnels ou perçus comme tels ;
- un caractère répétitif, même lorsque les gestes sont posés par différentes personnes.
Au Canada, il se produit un cas
Pourquoi certains enfants sont-ils plus ciblés?
Les enfants peuvent être ciblés en raison de ce qui les rend différents : apparence, poids, handicap, origine culturelle ou religieuse, langue, identité ou expression de genre, ou orientation sexuelle ou toute autre caractéristique distinctive.
Les enfants dont l’identité ou l’expression de genre diffère des normes établies sont d’ailleurs plus à risque de vivre de l’intimidation. Toutefois, il est important d’aller au-delà des caractéristiques individuelles et de s’intéresser au contexte dans lequel évoluent les enfants : climat du groupe, normes implicites, tolérance aux comportements violents et présence ou absence d’adultes attentifs et engagés.
Intimidation ou conflit : une distinction essentielle
Lorsqu’un·e enfant se confie, la première étape consiste à déterminer s’il s’agit d’un conflit ou d’une situation d’intimidation, car les interventions à privilégier ne sont pas les mêmes.
Un conflit survient entre deux enfants qui se considèrent comme égaux et qui ont tous deux le pouvoir de faire évoluer la situation. Par exemple, deux enfants jouent à un jeu de société et ne s’entendent pas sur les règles. Chacun défend son point de vue, le ton peut monter et la tension s’intensifier. Si les enfants n’arrivent pas à gérer leurs émotions ou à trouver un compromis, la situation peut dégénérer. Toutefois, même si l’échange est animé, les deux enfants ont la possibilité de s’exprimer et de chercher une solution, notamment avec l’aide d’un adulte.

L’intimidation, quant à elle, implique un déséquilibre de pouvoir et met en jeu la sécurité émotionnelle et parfois physique de l’enfant concerné. Par exemple, un·e enfant qui se fait crier des noms et bousculer par un autre, chaque fois qu’elle ou il arrive dans la cour de récréation, vit une situation d’intimidation. Les gestes sont répétitifs, intentionnels et visent à faire peur, humilier ou rabaisser.
C’est pourquoi une médiation entre pairs, souvent utilisée pour résoudre les conflits, ne doit jamais être appliquée dans un contexte d’intimidation. Imaginez que vous êtes un·e élève qui subit des actes d’intimidation et que vous devez faire face à la personne qui vous intimide pour lui expliquer les conséquences de l’intimidation et ensuite pour l’entendre donner sa vision de la situation. La priorité demeure toujours la protection de l’enfant qui subit les gestes et la mise en place d’interventions claires et sécurisantes par les adultes.
Prévenir l’intimidation au quotidien
La prévention commence bien avant qu’un problème survienne. Les gestes posés au quotidien par les adultes ont un impact réel sur le sentiment de sécurité et la confiance des enfants.
Vous pouvez contribuer à la prévention en :
- Parlant avec les enfants de leurs droits et de l’importance de respecter ceux des autres ;
- Prenant leurs émotions et leurs expériences au sérieux ;
- Démontrant de la confiance en leurs capacités ;
- Mettant en valeur leurs forces et leur pouvoir d’agir.
Ces actions favorisent l’estime de soi, l’autonomie et l’affirmation de soi, ce qui représente des leviers importants pour réduire la vulnérabilité à l’intimidation.
Le jeu, pour prévenir la violence et l’intimidation
Le jeu est un formidable outil de prévention. À travers le jeu, les enfants apprennent à se connaître, à exprimer leurs émotions, à développer leur empathie et à comprendre les notions de respect, de limites et de relations égalitaires. En jouant, ils expérimentent des situations du quotidien dans un cadre sécurisant, ce qui leur permet de réfléchir, d’essayer, de se tromper… et de grandir.
Utiliser le jeu pour aborder la question du respect, c’est offrir aux enfants un moyen concret et adapté à leur âge pour mieux comprendre leurs droits et ceux des autres, tout en favorisant des relations positives.

Le jeu permet notamment de :
- Amorcer des discussions importantes avec votre enfant, dans un climat détendu et rassurant ;
- L’informer sur les différentes formes de violence, de façon adaptée à son âge ;
- Lui apprendre des stratégies simples pour rester en sécurité dans diverses situations ;
- Développer sa confiance en lui et sa capacité à réagir face à d’éventuelles situations de violence ;
- L’aider à identifier des adultes de confiance et à connaître les ressources vers lesquelles se tourner au besoin.
Pour aller plus loin :
- Le feuillet : Le respect : un bon départ pour la vie ! Un outil simple et accessible pour amorcer des discussions importantes avec les enfants et renforcer la prévention dès le plus jeune âge.
- Le blogue 4 : La prévention de la violence par le jeu. Dans ce blogue, vous découvrirez une variété de jeux à la fois ludiques et éducatifs, conçus pour soutenir la prévention de la violence tout en favorisant le plaisir et le lien avec votre enfant.
Lorsque votre enfant est victime d’intimidation
Vous sentez intuitivement quand votre enfant vit une situation stressante. Ce stress peut être causé par une situation nouvelle (déménagement, entrée à l’école, naissance, etc.) ou des moments difficiles (examen, séparation, chicane, etc.). La raison du stress pourrait être que l’enfant est victime d’intimidation.
Des conséquences sont observables souvent par des changements de comportement. En voici quelques-uns :
- Manque d’enthousiasme vis-à-vis l’école;
- Réticence à se rendre ou à revenir de l’école à pied;
- Évitement des activités parascolaires;
- Baisse de motivation ou des résultats scolaires;
- Perte d’objets personnels;
- Évitement de la cour de récréation;
- Signes de tristesse ou d’anxiété (maux de ventre, maux de tête…).
Quoi faire lorsque vous ressentez une inquiétude?
- Créez un climat de confiance et invitez l’enfant à parler, sans le presser ;
- Accueillez ses émotions sans les minimiser ni les interpréter ;
- Demandez-lui quelles sont ses idées et comment vous pouvez l’aider.
Évitez de tout prendre en charge ou d’imposer des solutions. Redonner du pouvoir à l’enfant lui permet de retrouver un sentiment de contrôle et de sécurité. Bien souvent, ses idées peuvent orienter l’intervention et même vous surprendre.
Contrairement à une croyance répandue, ignorer la personne qui intimide n’est pas une stratégie efficace, puisqu’elles comportent plusieurs limites.
- Elle maintient l’enfant victime d’intimidation dans l’isolement. Un isolement qui est même souvent recherché par l’enfant qui intimide. Plus l’enfant est isolé, plus elle ou il est vulnérable à la violence.
- L’intensité des actes de l’agresseur dépend de la réponse émotionnelle de la victime, moins elle réagit, plus ils seront graves.
Certaines caractéristiques peuvent rendre un enfant plus vulnérable dans un contexte d’intimidation. Certains facteurs peuvent maintenir l’enfant dans une position de victime : manque de soutien, d’autonomie, surprotection.
Créer un lien de confiance avec l’enfant est essentiel pour l’accompagner dans les situations difficiles. En se sentant écouté et cru, l’enfant trouve le courage de parler et de demander de l’aide.
Pour aller plus loin :
- Blogue 7 – Créer un lien de confiance avec les enfants
Ce blogue propose des repères concrets pour reconnaître les signes de détresse, vérifier ses inquiétudes avec respect et instaurer un climat sécurisant qui favorise la confidence.
L’intimidation est une problématique complexe, multidimensionnelle et bien réelle, mais elle n’est pas une fatalité. Comprendre ce qui la définit, savoir la distinguer d’un conflit, reconnaître les signes de détresse et intervenir de façon adaptée sont des clés essentielles pour mieux accompagner les enfants.
Et quand est-il des témoins? Et de l’enfant qui intimide?
Ces rôles sont aussi déterminants dans la dynamique de l’intimidation. Ils feront d’ailleurs l’objet du prochain blogue, qui sera publié en juin.
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