L’intimidation chez les enfants : le rôle des témoins et intervenir auprès de l’enfant qui intimide
Dans la première partie de cette série, nous avons exploré ce qu’est l’intimidation, comment la distinguer d’un conflit et comment soutenir les enfants qui la subissent.
Pour lire la première partie : Blogue 8 – Partie 1 L’intimidation chez les enfants : Comprendre, prévenir et agir ensemble
Dans cette deuxième partie, nous nous intéressons à deux rôles souvent moins visibles, mais essentiels : les témoins et l’enfant qui pose des gestes d’intimidation.
Le rôle crucial des témoins
Les adultes sont rarement témoins de ces actes d’intimidation et n’ont donc guère l’occasion d’intervenir directement. Le personnel du milieu n’est au courant que de 4% des incidents.
Toutefois, dans la grande majorité des situations d’intimidation, d’autres enfants sont présents. Ces témoins jouent donc un rôle central. Lorsqu’elles ou ils interviennent ou cherchent de l’aide, les gestes d’intimidation cessent rapidement dans plus de la moitié des cas.
Pourtant, les témoins hésitent souvent par peur des représailles, par désir d’être acceptés ou par crainte de « dénoncer ». Il est important de leur rappeler que demander de l’aide n’est pas trahir, mais agir pour la sécurité et le bien-être de tous.
Les adultes peuvent encourager les témoins à :
- Soutenir la victime par des gestes simples et bienveillants ;
- Refuser de participer aux moqueries ou aux rires ;
- Aller chercher l’aide d’un adulte ;
- Se regrouper avec d’autres témoins pour intervenir.
Pour aller plus loin :
- Jeu en ligne : Futuraville : Ensemble contre la violence! Amorcer le premier tableau de Futuraville avec les enfants, une activité qui ouvre la discussion à partir de l’histoire de Karam, témoin de l’intimidation que vit son ami. Une occasion précieuse pour réfléchir ensemble au rôle des témoins, encourager l’empathie et soutenir le passage à l’action dans un cadre rassurant.
D’intimidé à intimidateur
Il arrive que des enfants qui vivent de l’intimidation adoptent, à leur tour, des comportements agressifs envers les autres. Ce changement de rôle n’est pas anodin : il exprime bien souvent une grande frustration et une réaction de protection face à ce qu’ils ont vécu. En agissant ainsi, l’enfant tente parfois de reprendre un sentiment de contrôle ou de pouvoir qu’elle ou il a perdu. Il est aussi possible qu’un même enfant alterne entre le rôle de victime et celui d’intimidateur, ou qu’elle ou il occupe ces deux positions à différents moments de son parcours.
Un·e enfant qui a été intimidé peut en venir à intimider à son tour lorsqu’elle ou il :
- Interprète les situations de façon erronée, en croyant qu’il n’existe que deux rôles possibles : gagner ou perdre ;
- Subit l’influence de ses pairs et cherche à s’y conformer ;
- Découvre qu’elle ou il peut exercer un pouvoir sur les autres et choisit de l’utiliser, parfois de façon inadéquate ;
- Souhaite retrouver une position de force après s’être senti·e impuissant·e ou humilié·e ;
- Cherche à faire partie d’un groupe et accepte, pour cela, de poser des gestes qui vont à l’encontre de ses valeurs.
Lorsque ce glissement se produit, il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un choix réfléchi ou intentionnel, mais plutôt d’un mécanisme de protection. Derrière ces comportements se cache souvent un·e enfant qui tente, avec les moyens qu’elle ou il a, de se défendre, de se sentir en sécurité ou d’être reconnu.
Et l’enfant qui intimide ? Comprendre pour mieux intervenir
Chez les enfants du primaire, les gestes d’intimidation débutent souvent de façon isolée. Sans intervention, ils peuvent devenir répétitifs. À cet âge, l’enfant n’a pas toujours conscience de l’impact de ses gestes.
Quelques caractéristiques de l’enfant qui intimide:
- Manque d’empathie; a de la difficulté à comprendre les sentiments des autres;
- Besoin de faire valoir son pouvoir, utilise la violence de manière fonctionnelle, pour obtenir un gain;
- Autoritaire, dominateur, exigeant;
- A des capacités limitées à gérer les conflits interpersonnels, à exprimer sa colère et sa frustration et à communiquer;
- Difficulté à demander de l’aide ou à recevoir des consignes;
- Veut souvent avoir le dernier mot, il pense tout connaître;
- Extrêmement sensible à l’offense;
- Peut manquer d’encadrement et de présence parentale;
- Tendance à interpréter l’information sociale de façon erronée, à attribuer des intentions hostiles aux autres et à percevoir de l’hostilité là où il n’y en a pas;
- Donne une fausse image d’assurance, se sent impuissant dans des aspects de sa vie (a peur d’avoir l’air faible);
- Peut sembler insensible aux punitions;
On peut donc résumer ces caractéristiques en trois besoins à combler chez l’enfant:
- Le besoin d’estime : sentiment d’avoir de la valeur, se sentir utile ;
- Le besoin d’appartenance : souhaite être reconnu, se sentir aimé, avoir un statut, faire partie d’un groupe ;
- Le besoin de sécurité : le comportement de l’enfant qui intimide peut être les conséquences de son vécu. Il est donc important de vérifier ce qui se passe dans son quotidien autant à la maison qu’à l’école.
L’enfant qui intimide peut vivre aussi des difficultés importantes, et parfois même être victime de violence. L’intervention n’en sera que plus adéquate si nous avons toutes ces informations.
Pistes de solution pour intervenir auprès des enfants qui intimident
Lorsqu’un·e enfant adopte des comportements d’intimidation, l’objectif n’est pas uniquement de faire cesser les gestes, mais aussi de l’aider à développer des façons plus saines d’entrer en relation. Certaines pistes peuvent soutenir cette démarche :
- Mettre en valeur ses forces afin de l’amener à poser des gestes réparateurs et à prendre soin des autres. Cela contribue à développer son empathie et à reconnaître l’impact de ses actions.
- Appliquer les conséquences en privé, à l’abri du regard des pairs, afin d’éviter que l’enfant recherche l’attention ou que la situation n’accentue la vulnérabilité de la personne ciblée.
- Créer un lien de confiance avec l’enfant, pour lui montrer que des adultes peuvent l’encadrer avec fermeté, mais aussi avec bienveillance. Un lien sécurisant favorise l’ouverture et la prise de conscience.
- Redonner à l’enfant un sentiment de pouvoir positif sur sa vie, en l’aidant à prendre des décisions responsables et à développer des relations égalitaires et respectueuses avec ses pairs.
Intervenir auprès d’un·e enfant qui intimide demande du temps, de la cohérence et de la constance. En misant à la fois sur l’encadrement et le développement de ses compétences sociales et émotionnelles, il est possible de favoriser des changements durables.
Pour aller plus loin :
- Blogue 7 – Créer un lien de confiance avec les enfants Ce blogue propose des repères concrets pour reconnaître les signes de détresse, vérifier ses inquiétudes avec respect et instaurer un climat sécurisant qui favorise la confidence.
En conclusion
Chaque adulte, que nous soyons parents, membre du personnel éducatif ou personne significative, nous avons un rôle à jouer. Par nos paroles, notre écoute, nos gestes et notre présence, nous pouvons contribuer à créer des milieux sécurisants, où les enfants se sentent respectés, soutenus et en confiance. Qu’il s’agisse d’enfants victimes, témoins ou auteurs de gestes d’intimidation, tous les enfants ont besoin d’adultes attentifs, cohérents et bienveillants pour grandir et développer des relations saines.
En favorisant la prévention au quotidien, en prenant les confidences au sérieux et en intervenant avec empathie et fermeté lorsque c’est nécessaire, nous envoyons un message clair : la violence n’a pas sa place, et chaque enfant mérite de se sentir en sécurité. Ensemble, il est possible de faire une réelle différence et d’offrir aux enfants un environnement propice à leur épanouissement et à leur bien-être.
Pour ne rien manquer, inscrivez-vous à l’infolettre du ROEQ!

