Les enfants ne disent pas toujours avec des mots ce qu’elle et ils vivent, mais elles et ils parlent constamment, que ce soit par leurs gestes, leurs émotions, leurs silences, leurs comportements. Comme parent, proche, personnel éducatif ou simple adulte significatif, vous jouez un rôle essentiel dans leur vie. Vous êtes souvent la personne la mieux placée pour percevoir ce qui change, ce qui s’agite, ou ce qui s’efface derrière un sourire.
Créer un lien de confiance avec un·e enfant ne se fait pas en une seule conversation. C’est une présence, une attitude, un climat qui lui permettent, peu à peu, de se sentir suffisamment en sécurité pour se confier. Mais parfois, avant même qu’une confidence n’émerge, c’est l’adulte qui ressent une inquiétude, qui remarque des changements et se questionne. Comment alors vérifier ses doutes sans brusquer l’enfant et tout en préservant ce lien de confiance ? Et lorsque la confidence survient, comment l’accueillir de façon à favoriser l’ouverture et encourager l’enfant à s’exprimer?
1. Reconnaître les signes
En tant qu’adulte, vous passez beaucoup de temps avec les enfants, et c’est précisément cette proximité qui vous permet de remarquer les changements dans leurs comportements ou attitudes. Chaque enfant a sa propre manière d’exprimer son stress : certains parleront davantage, d’autres se replieront sur eux-mêmes, tandis que plusieurs manifesteront leurs émotions à travers leur corps ou leurs gestes. Reconnaître ces signaux est une première étape essentielle pour mieux comprendre ce qu’elles ou ils traversent.

Les signaux ou les indicateurs de stress peuvent se présenter sous plusieurs formes. En voici quelques exemples :
Dans les relations interpersonnelles
- Isolement ou besoin excessif d’être constamment entouré
- Méfiance, soumission ou comportements apathiques
- Irritabilité, réactions disproportionnées ou agressivité
- Expression soudaine d’affection intense ou retrait affectif
- Reproduction de gestes violents (mordre, pousser, frapper, briser des objets)
- Conflits récurrents, comportements délinquants ou décrochage scolaire
Sur le plan physique
- Maux de ventre ou de tête fréquents
- Symptômes psychosomatiques ou malaises chroniques
- Variations marquées de poids
- Retard de croissance (surtout en bas âge)
- Blessures fréquentes ou inexpliquées
- Symptômes plus graves nécessitant une attention immédiate
Sur le plan émotionnel
- Colères intenses, crises de larmes ou agitation
- Anxiété, peurs soudaines ou phobies
- Changements brusques d’humeur
- Honte, culpabilité ou mutisme sélectif
- Tristesse persistante ou retrait affectif
Dans les habitudes et activités quotidiennes
- Difficulté de concentration ou régression scolaire
- Absences répétées ou performance excessive (besoin exagéré de réussir)
- Hygiène inhabituelle : négligée ou au contraire trop contrôlée
- Mensonges fréquents (souvent signe d’un besoin ou d’une peur)
- Comportements sexuels inadaptés à l’âge
- Troubles alimentaires (refus de manger, vomissements, accumulation de nourriture)
- Troubles du sommeil (cauchemars, fatigue, refus de dormir, sommeil excessif)
- Comportements régressifs (pipi au lit, sucer son pouce, comportements infantiles)
- Gestes autodestructeurs (automutilation, consommation de substances, fugues)
Même si ces signes peuvent avoir plusieurs causes, il ne faut jamais exclure la possibilité que l’enfant vive une forme de violence. Toutefois, il serait prématuré de tirer des conclusions sans vérifier auprès de l’enfant ce qu’elle ou il ressent ou vit. Il suffit d’observer attentivement, à noter ce qui vous inquiète, puis à aller vérifier vos impressions directement auprès de l’enfant.
Il est également important de rappeler que chaque enfant réagit différemment à une même situation. Deux enfants vivant dans la même maison, exposés aux mêmes situations, peuvent présenter des réactions totalement opposées. L’un pourrait se renfermer, devenir triste et perdre intérêt pour l’école, tandis que l’autre pourrait exprimer sa détresse par la colère ou en reproduisant des gestes violents. Ces différences s’expliquent par plusieurs facteurs : l’âge, la personnalité, la nature de la violence, sa fréquence, la relation avec l’agresseur et la présence (ou non) de personnes significatives dans leur vie.
De plus, les enfants ne disposent pas toujours des mots nécessaires pour décrire ce qu’elles ou ils vivent.
2. Vérifier nos doutes
Vous vous inquiétez pour un·e enfant? Vous remarquez des changements dans ses comportements ? Comment vérifier vos doutes?
Il suffit parfois de faire les premiers pas, soit en parlant de vos doutes et de vos inquiétudes. Voici quelques exemples de phrases pour amorcer la discussion :
- « Tu sais, j’ai l’impression que quelque chose ne va pas. As-tu le goût de m’en parler? «
- « J’ai remarqué quelques changements chez toi depuis quelque temps, ça m’inquiète. Je suis disponible, si tu as envie d’en parler.»

Si la situation ne compromet pas sa sécurité immédiate, vous pouvons prendre le temps de l’accompagner pour l’aider à mettre des mots sur ses émotions et à identifier des pistes de solution. Lui offrir un espace pour en parler, l’aider à trouver ses propres solutions et reconnaître sa capacité à agir sont autant de façons de renforcer sa confiance et son pouvoir d’agir. Vous pouvez lui demander, par exemple : « Peux-tu m’expliquer pourquoi tu te sens triste ou fâché·e? » ou encore : « Qu’as-tu déjà essayé pour arranger la situation? »
Malgré nos inquiétudes, respecter le rythme et les besoins de l’enfant demeure essentiel. C’est ce qui permettra de créer un climat de confiance et d’ouverture. L’enfant sentira le respect que vous lui accordez et il aura le goût de se confier davantage. Si l’enfant ne se confie pas, c’est peut-être que le problème s’est réglé sans vous. Toutefois, si la situation persiste, revenez plus tard avec douceur et bienveillance pour réaffirmer votre disponibilité.
3. Attitudes favorisant la confidence
Certains problèmes confiés par les enfants peuvent nous sembler petits alors que d’autres nous apparaîtront plus sérieux. Pour l’enfant, peu importe le problème, la situation est importante. C’est pourquoi il est essentiel d’accueillir chacune de ses confidences avec sérieux, attention et respect. Le simple fait qu’elle ou il ait choisi de venir vers vous témoigne du lien de confiance qui vous unit. Ce geste est un privilège et renforce votre rôle d’adulte significatif dans sa vie.
Éléments clés pour favoriser un climat de confiance
Dans la vidéo Recevoir une confidence – Quoi faire et comment réagir si un·e enfant se confie à nous au sujet d’une situation de violence? (Une vidéo d’ESPACE Gaspésie-les-Îles), vous trouverez notamment 13 éléments clés pour favoriser un climat de confiance :
La Zone parents: des outils pour faire de la prévention au quotidien
Outils pour soutenir la confidence
Certains outils peuvent également soutenir l’expression de l’enfant et favoriser la confidence, surtout lorsque les mots sont difficiles à trouver. Le dessin, par exemple, peut devenir un moyen précieux pour l’aider à raconter ce qu’elle ou il vit autrement que par la parole. Pour certains enfants, tracer des formes, des personnages ou des scènes permet d’exprimer des émotions, des événements ou des préoccupations qu’elles ou ils n’arrivent pas encore à nommer.

Vous pouvez simplement lui proposer, avec douceur, de dessiner ce qu’elle ou il ressent ou ce qui occupe ses pensées, puis l’inviter à vous expliquer son dessin à son propre rythme. Il ne s’agit pas d’interpréter ce que vous voyez ou de chercher des significations cachées, mais plutôt de lui offrir un point d’appui pour raconter son vécu. Des phrases comme « Peux-tu me parler de ton dessin? » ou « Qu’est-ce qui se passe ici? » permettent à l’enfant de guider lui-même le récit, avec ses mots.
Le dessin peut aussi créer une distance rassurante entre l’enfant et ce qu’elle ou il vit. Parler d’un personnage, d’une couleur ou d’une scène dessinée peut sembler moins intimidant que de parler directement de soi. Cette approche respecte son rythme, réduit la pression et contribue à créer un climat sécurisant où la parole peut circuler plus librement.
Bien sûr, le dessin n’est qu’un outil parmi d’autres. Certains enfants préféreront jouer, raconter une histoire, utiliser des figurines ou simplement parler. L’important est de rester à l’écoute, de suivre le mode d’expression que l’enfant choisit. Lui offrir différentes possibilités lui permet de se sentir respecté et soutenu, et augmente les chances qu’elle ou il trouve, à sa façon, un chemin vers la confidence.
Explorez notre Zone Parents sur notre site web. Vous y trouverez des outils pour vous et votre enfant afin de favoriser l’échange et la confidence.
Conclusion
Finalement, avant de conclure l’échange, invitez l’enfant à revenir vous voir pour vous dire comment les choses évoluent. Savoir que vous serez présent, disponible et prêt à continuer de l’accompagner est souvent un élément clé pour qu’elle ou il se sente capable de traverser cette situation. Pour un enfant, sentir qu’un adulte croit en lui et qu’elle ou il peut compter sur son soutien peut véritablement transformer son vécu… et parfois même changer le cours des choses.
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