Protéger nos enfants, même quand on n’est pas là!

Comment accompagner nos enfants pour qu’elles ou ils se sentent en sécurité, partout où elles ou ils trouvent?
Beaucoup de parents portent une inquiétude : et si mon enfant vivait de la violence ou des gestes d’intimidation à l’école, à la garderie, au service de garde ou chez des amis? Et si mon enfant ne m’en parlait pas?
Ces questions, bien que difficiles, sont tout à fait légitimes. Elles reflètent un désir profond : que nos enfants soient toujours en sécurité, même lorsque nous ne sommes pas avec eux.
La réalité, c’est que nous ne pouvons pas entourer les enfants de papier bulle. Nous ne pouvons pas tout prévenir ou tout contrôler. Mais nous avons un immense pouvoir : celui de les outiller. Informer et outiller les enfants permet de savoir reconnaître de potentielles situations de violence et comment y réagir rapidement pour rester en sécurité.
En tant qu’adultes significatifs dans leur vie, nous pouvons aider les enfants à développer :
- La confiance en soi
- Leur pouvoir d’agir
- Leurs connaissances sur les différentes formes de violences, ainsi que sur les stratégies pour s’en protéger
- Leur réseau d’entraide
Leur confiance en soi
La confiance en soi se construit petit à petit, dans les gestes quotidiens, les expériences vécues et les messages reçus des adultes. Un enfant qui a confiance en lui est mieux outillé pour reconnaître des comportements violents, s’écouter, s’affirmer et demander de l’aide dès qu’il en ressent le besoin. Cette confiance intérieure agit comme un levier puissant de protection.
Voici quelques pistes concrètes pour nourrir cette confiance au quotidien :
1. Nommer ses forces et ses réussites
Nommer ses forces et ses réussites, même les plus petites, nourrit son estime et lui fait sentir qu’il a de la valeur.
- « Tu fais preuve de persévérance, tu n’as pas abandonné même si c’était difficile. »
- « Tu es attentionné·e avec les autres, ça fait du bien autour de toi. »
- « J’ai remarqué que tu as essayé une nouvelle manière, bravo. »
2. Le laisser essayer… et se tromper
La confiance se développe lorsqu’un enfant peut explorer sans craindre de décevoir.
- Le laisser faire des essais, expérimenter, recommencer;
- Éviter de faire à sa place trop rapidement;
- Valoriser ses initiatives.
3. Accueillir ses émotions sans minimiser
Un enfant qui sent que ses émotions sont valides apprend à écouter son ressenti et donc à reconnaître plus facilement les situations qui lui posent un problème.
- « Je vois que tu es frustré·e, ça arrive. On peut trouver une façon de t’aider. »
- « Tu sembles nerveux.se. Qu’est-ce qui te fait sentir ainsi? »
4. Encourager la prise de parole
Plus un enfant est habitué à s’exprimer dans un climat bienveillant, plus il développera le réflexe de parler lorsqu’il vit quelque chose d’inconfortable.
- Demander l’avis de l’enfant dans différentes situations qui concernent sa vie quotidienne;
- Écouter l’enfant sans l’interrompre;
- Reformuler ce que l’enfant dit pour lui montrer que sa parole est comprise.
5. Célébrer les petites autonomies
Lorsque nous valorisons les initiatives et les efforts de l’enfant, nous renforçons sa confiance et l’encourageons à devenir de plus en plus autonome dans son quotidien. Nous pouvons le féliciter pour :
- Ranger seul·e ses choses, même si ce n’est pas parfait.
- Participer aux routines familiales, à sa façon.
- Apprendre de nouvelles responsabilités adaptées à son âge, un petit pas à la fois.
- Chaque tâche accomplie renforce l’idée : « Je suis capable. »
Développer la confiance en soi n’est pas seulement important pour le bien‑être des enfants : c’est aussi un véritable outil de protection. Lorsqu’un enfant sait qu’elle ou qu’il a de la valeur, qu’elle ou qu’il peut se fier à ses ressentis et qu’elle ou qu’il a le droit de dire ce qui ne va pas, l’enfant devient plus apte à reconnaître une situation dérangeante… et à réagir.
Par exemple : si un autre enfant le pousse ou le blesse volontairement dans la cour de l’école, un enfant qui a confiance en lui sera plus enclin à :
- Dire clairement « Non, arrête, je n’aime pas ça »;
- S’éloigner de la situation sans se sentir coupable;
- Aller chercher l’aide d’un adulte de confiance;
En parler plus facilement en arrivant à la maison. Un enfant qui possède cette sécurité intérieure se sent autorisé à se protéger, à s’affirmer et à demander du soutien.
Leur pouvoir d’agir
Développer le pouvoir d’agir, c’est permettre à un enfant de se sentir capable, important et outillé pour faire face aux situations qu’il vit. Un enfant qui connaît ses options, ses limites et ses forces est plus enclin à s’affirmer, demander de l’aide ou de quitter une situation inconfortable.
Voici quelques façons concrètes de nourrir ce pouvoir d’agir au quotidien :
1. Lui donner des choix adaptés à son âge
- Choisir ses vêtements parmi deux options;
- Décider de l’ordre dans lequel l’enfant fait sa routine.
2. Valider et nommer ce qu’il ressent
- « Tu as le droit d’être en colère. Que peux-tu faire pour te calmer? »
- « On dirait que tu vis de l’inquiétude. Qui pourrait t’aider dans ce moment-là? »
Valider n’est pas approuver un comportement inadéquat, mais reconnaître qu’il vit quelque chose de réel.
3. L’encourager à s’affirmer, à dire “non” et à mettre des limites
Encourager un enfant à s’affirmer ne fait pas de lui un « enfant roi ». Cela ne signifie pas qu’il décide de tout, mais qu’elle et il apprend à reconnaître ce qui est acceptable pour lui et à exprimer ses limites avec respect. Un enfant qui sait dire “non”, même dans de petites situations, pourra plus facilement le faire dans des contextes difficiles. Cette capacité à dire « non » devient alors un outil de protection.
- Dire qu’elle ou il a envie d’être seul·e ;
- Demander à un ami d’arrêter un geste qui le dérange.
4. Explorer différentes stratégies d’aide… et les pratiquer ensemble
Un enfant outillé sait quoi faire lorsqu’une situation le rend inconfortable. On peut l’aider à développer ses réflexes de protection en pratiquant ensemble des stratégies simples, comme demander de l’aide, s’éloigner d’une situation ou nommer ce qui ne va pas. Les jeux de rôle sont particulièrement aidants, car ils permettent à l’enfant de s’exercer sans stress. Plus l’enfant s’entraîne, plus ces stratégies deviennent naturelles à utiliser.
Jouer des scénarios comme :
- « Que ferais‑tu si quelqu’un t’intimidait? »
- « Si quelqu’un te demandait de garder un secret qui te rend mal à l’aise? »
La prévention de la violence par le jeu est un formidable levier d’apprentissage : elle permet aux enfants d’intégrer des notions importantes tout en s’amusant. Le jeu est un outil de prévention incontestable, car il permet d’aborder des sujets sensibles dans un climat détendu et sécurisant.

Leur compréhension des différentes formes de violences
Expliquer aux enfants les différentes formes de violence, qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques, en ligne, etc., leur donne des repères concrets pour reconnaître une situation potentiellement dangereuse. Les enfants seront alors mieux outillés pour savoir comment réagir si une telle situation se présente, que ce soit pour eux ou pour un ami.
Voici quelques pistes pour aider les enfants à mieux comprendre la violence :
1. Expliquer les gestes qui blessent
Les enfants comprennent très tôt la différence entre ce qui fait du bien et ce qui fait mal. On peut nommer simplement les gestes :
- Pousser, frapper, attraper trop fort;
- Crier après quelqu’un;
- Se moquer ou exclure;
- Forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’il ne veut pas.
2. Les aider à écouter leur ressenti
Les enfants n’ont pas toujours les mots, mais ils ont toujours des sensations ou émotions, qu’il est bon de savoir identifier.
On peut leur dire :
- « Quand tu te sens serré dans le ventre, c’est peut-être que quelque chose te dérange. »
- « Si tu te sens nerveux.se, triste, ou si ton cœur bat vite, c’est un signe que ce n’est peut-être pas correct. »
Comprendre la violence, c’est aussi apprendre à écouter son corps et reconnaître les inconforts afin de pouvoir réagir rapidement si une situation de violence survient
3. Rappeler que ce n’est jamais de leur faute
Les enfants croient souvent qu’elles ou ils ont provoqué ce qui leur arrive.
Il est essentiel de leur nommer:
- « Si quelqu’un te fait du mal, ce n’est jamais ta faute. »
- « Les adultes sont responsables de protéger les enfants. »
Ces paroles déculpabilisent et apaisent, ce qui est bénéfique à la confidence et la recherche d’aide.
4. Leur enseigner qu’elles et ils ont des droits
La compréhension des violences passe aussi par la compréhension des droits :
- Le droit d’être respecté;
- Le droit de dire non;
- Le droit de parler à un adulte;
- Le droit d’être en sécurité, partout.
Lorsqu’un enfant connaît ses droits, il peut mieux identifier ce qui les bafoue.
En donnant aux enfants ces repères simples et concrets, on les aide non seulement à reconnaître les violences, mais aussi à comprendre qu’elles et ils méritent d’être traités.es avec respect et qu’elles et ils peuvent toujours demander de l’aide.
Pour plus d’informations sur les droits et les types de violences :
J’ai le droit d’être un enfant. Est-ce que ça fait de moi un « enfant roi » ? – ORGANISMES ESPACE
ESPACE SANS VIOLENCE | Zone prévention – ORGANISMES ESPACE
Un réseau d’entraide autour d’eux
Même si, comme adultes, nous sommes profondément attaché·es aux enfants, il arrive que certain·es ne se tournent pas vers leurs parents lorsqu’elles et ils vivent quelque chose de difficile. Ce n’est pas un signe de manque d’amour ou de confiance, mais simplement une réaction humaine qui peut survenir pour différentes raisons.
Les raisons sont souvent simples : un enfant peut avoir honte, craindre d’inquiéter ses parents ou redouter une réaction trop intense. Même dans les familles aimantes et attentives, ces mécanismes peuvent se manifester.
L’important n’est donc pas que l’enfant se confie absolument à ses parents, mais qu’elle et il puisse se confier à quelqu’un de confiance
C’est pourquoi il est essentiel de l’aider à identifier, dès maintenant, ses adultes de confiance, c’est-à-dire ceux avec qui l’enfant se sent bien, en sécurité, libre de parler, sans peur d’être jugé.
On peut amorcer cette réflexion très simplement, par quelques questions ouvertes :
- « À qui te sens-tu ou te sentirais-tu à l’aise de parler si quelque chose te dérange? »
- « Auprès de qui te sens-tu écouté? »
- « Avec qui tu te sens en sécurité? »
- « Si tu vivais quelque chose de difficile, qui pourrait t’aider? »
Prendre ce temps avec l’enfant développe un réflexe extrêmement précieux :
celui de se tourner rapidement vers une personne de confiance lorsqu’il vit un malaise ou une forme de violence.
Identifier ensemble deux ou trois adultes de confiance : à la maison, à l’école, dans la famille élargie, au service de garde, dans les activités, cela crée autour de lui un véritable filet de sécurité. Un filet qui reste présent, même quand les parents ne sont pas là.
Pour en savoir plus ou pour découvrir des outils concrets pour explorer ces sujets avec les enfants, explorez la Zone Jeunesse et la Zone Parents.


Vous y trouverez une panoplie d’outils de toutes sortes pour ouvrir le dialogue avec les enfants.
En conclusion
Il n’est pas possible d’éviter tous les obstacles que les enfants peuvent rencontrer sur leur route.
Toutefois, il est possible de leur offrir des outils concrets qui les suivront toute leur vie. Et surtout, le plus beau message : « Peu importe ce que tu vis, il est important que tu en parles rapidement à un adulte de confiance. »
